CONCLUSION

(en guise de…)

De conclusion(s) nous pourrions tenter d’en tirer certaines, les conséquences n’ayant besoin de quiconque pour advenir, inéluctablement…

En fait, la question des « friches industrielles* » se pose depuis l’accélération des mutations économiques et l’évolution de leur rapport à la ville, à l’urbain en général. Le fait « friches » sinon le terme est apparu dès le début des études de planification urbaine marseillaise, études commencées au début de la Deuxième Mondiale (Plan Beaudoin, cf. un ouvrage sur à paraître, André Jacques Dunoyer de Segonzac, Architecte DPLG qui nous en a octroyé un exemplaire de travail).

Cette guerre et sa fin furent le moment marquant de la fin d’une période où le rapport aux colonies nourrissait la puissance économique française, colonies qui suite à la « Libération » ne pouvaient que légitimement réclamer la leur. Simultanément à cette prise d’indépendance, se produisait une « renaissance industrielle » nationale et débutaient les « Trente glorieuses ». Ces dernières finies, les « Trente piteuses » suivantes étant écoulées, nous sommes dans une mutation profonde et rapide, autre paradigme, encore instable.

Dans quel cycle Schumpeter pourrait-il nous classer ? Quelle phase du processus de destruction créatrice nous englobe-t-elle ?

Dans ce cadre, les questions culturelles et sociales que posent les « friches industrielles* », leur récupération, remise en valeur ou disparition, en un mot la fonction idéologique des dites « friches » fondent aujourd’hui notre recherche de mise à jour de sens.

 

La fonction symbolique des friches industrielles

La notion de patrimoine, culture et/ou politique ?

L. Bazin*, dans un article « Patrimoine, mémoire, généalogie – quelques considérations critiques »  écrit :

« Dans un ouvrage critique consacré récemment au phénomène que constitue la « machinerie patrimoniale », Henri-Pierre Jeudy** constatait avec pertinence que les ethnologues occupés à cette tâche d’identification et de valorisation muséale des « patrimoines » et de la « mémoire » se consacraient à la reproduction de l’ordre symbolique plutôt qu’ils n’en faisaient l’analyse ».

* CNRS-CLERSE (Pré-publication d’un article paru dans la Revue Espaces Marx Lille n° 16-17, décembre 2001, pages 44-53 Sous réserve des modifications éditoriales apportées par la revue).

** « La machinerie patrimoniale »  (Circé, Poche – 2008)

 

Patrimoine et friches industrielles, question d’épistémologie ?

Dans ce même article, L. Bazin poursuit :

« A partir des années 1970, la domination des logiques financières sur le capital productif ainsi que la marginalisation corrélative de la production industrielle qui s’est progressivement mise en place ont modifié le statut symbolique de l’industrie et du travail, autorisant ainsi leur insertion dans la logique patrimoniale. Ces processus « objectifs »  et symboliques sont articulés avec l’effacement tendanciel de la référence à la « lutte des classes »  et avec l’ethnicisation des stratifications sociales qui, progressivement, ont conféré à l’origine (autochtone ou allogène) un caractère fondamental dans la lecture des réalités sociales ».

 

En quête de sens, de quel (nouvel ?) imaginaire Marseille est-il à la poursuite de la (re)construction ? Dans quelle mesure la friche industrielle (réhabilitée ?) ne serait-elle pas une marchandise symbolique ? Ou encore : tout l’espace marseillais ne serait-il pas une grande friche qui ne réussit à se raccommoder que ça et là, notamment à l’occasion de Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture, rêvant une suite à cet éphémère événementiel ?

Autrement dit l’architecture nouvelle gesticulatrice, productrice d’ « objets* » glorieux et égoïstes n’est pas une nouveauté… Le semi marseillais de quelques (futures ?) tours court loin derrière les recompositions urbaines d’ampleur ailleurs dans le monde, mais aussi en Europe.

Marseille joue « petit bras » avec ses nouveautés vitrées à profusion, remplies d’armées de néo-prolétaires les yeux fixés sur l’écran le dos courbé sur le clavier, guettés par les d’irréversibles troubles musculo-squelettiques. Mais que font-ils là ? Quel service y produisent-ils, pour la production de quelle valeur ? Mais surtout, quelle valeur ajoutée à quoi pour la production de quelles richesses ?

Évoquant Lille, Bilbao, dont les analyses des effets positifs de leurs transformations urbaines, économiques et sociales nous laissent interrogatif sur leur qualité et leur pérennité, quid de l’événementiel marseillais « 2013 » ? En général certes, mais surtout  quelle place y est octroyée à la mémoire industrielle marseillaise, quelle place à cette époque devenue mythique où la production de biens n’était pas encore occultée par celle de services ? Et, de toute façon désormais : quels services ? Pour qui ?

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