MARSEILLE ET SES FRICHES INDUSTRIELLES

D’un processus plus d’un Siècle et demi : quelles traces des rapports habitat-industrie ?

Nous estimons donc que Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture relève essentiellement de l’événementiel. Toutefois, nous désirons nous saisir de cette occasion :

– d’une part pour rechercher ce qui reste dans la Ville de Marseille des rapports habitat-économie, jadis prégnants, gloire du XIX° Siècle qui a donné sa figure à Marseille ;

– d’autre part pour nous questionner à propos de l’attitude publique et citoyenne envers cette tranche de l’histoire, et de sa mémoire ;

– de chercher un éventuel écho de ce questionnement dans les manifestations de Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture .

Dans un premier constat, nous n’avons pur repérer que de rares friches industrielles réhabilitées (cf. infra), regrettant la disparition de certaines autres, par négligence, sinon par malveillance (cf. celle figurée en introduction, menu « MARSEILLE PROVENCE 2013 »).

La Ville est formée d’un ensemble de relations, dans une forme construite. La partie de cette forme prend figure de ville quand elle est un ensemble composé de constructions continues, rues, avenues, boulevards, de places et de parcs, etc…, ensemble marqué monumentalement. Le centres est le nœud le plus fort de cet ensemble de relations, accompagné de centres secondaire disposant de marques du même genre, ne serait-ce qu’un bâtiment cultuels.

Dans ce cadre, intra-muros donc « en ville » existent certains autres bâtiments, industriels, de qualité et/ou de caractère architectural. Ceci leur confère un caractère urbain manifeste. Parmi ces derniers, ceux susceptibles de réhabilitation après désaffectation, jusqu’aux plus modestes méritant une remise en valeur, demanderaient à être recensés explicitement.

Ville paupérisée, Marseille garde néanmoins une aspect de grande ville grâce aux traits que le XIX° lui a légué à profusion : tracés urbains (voies et lotissements) et nombreux bâtiments publics (des « équipements* »). Aujourd’hui : qu’est-il advenu de cette économie jadis florissante ? Quid des rapports économie-cadre urbain et de sa mémoire ? Quid, de la fonction symbolique et politique de cet ensemble ?

Ainsi, de ces traces qui rappellent la Révolution Industrielle qui a marqué l’histoire depuis le II° Empire (colonial…) Français jusqu’à « l’entre deux guerres », nous nous en somme attaché d’abord à en retrouver certains témoins via des Cartes Postales d’époque (datations en cours de recherche).

En effet, nous accordons une certaine importance à de telles prises de vues, car elles nous semblent à toute époque témoins du regard qu’une société porte sur elle-même. De tels témoignages peuvent donc contribuer à l’analyse du phénomène « friches industrielles* » et leur devenir, objet central de notre questionnement (le sigle « JAC » en jaune signale que ces Cartes sont extraites de la collection personnelle de l’auteur).

Nous ne saurons certes être exhaustifs, n’ayant puisé (pour le moment?) que dans notre collection personnelle. Ces différents points de vue, au sens photographique du terme, peuvent paraître fragmentaires. Cependant, sélectionnés en fonction de leur valeur urbaine, ou simplement pittoresque, nous les avons choisi car ils nous ont paru fortement chargés de sens, sens qui rejaillit jusqu’à nous jours.

Nous souhaitons donc que nos préoccupations à propos de la mémoire architecturale industrielle trouvent écho en cette année 2013, via ce blog, interactif.

 

D’évidence, trois constructions historiques marquantes, réhabilitées contribuent à des degrés divers, à la « mise en scène* » de l’espace urbain marseillais.

Marseille a connu une grande époque dont a témoigné l’exposition « Marseille au XIX°, Rêves et Triomphes » (Cf. titre). De cette époque, il ne reste que peu de traces de grande ampleur, urbaines et péri-urbaines. En voici donc les plus importantes et marquantes, images formées il y a un Siècle.

 

Les deux suivantes jouissent de liens avec le réseau ferroviaire, la Gare St Charles étant inaugurée en 1848 :

Les Docks de la Joliette

Ils présentent une façade administrative proprement urbaine sur la Place de la Joliette (1858 à 1864). En continuation à l’équerre, une façade elle aussi de grande qualité tant constructive que plastique, joue avec les nouveaux ports et leur fonction. La réhabilitation de cet ensemble fut d’initiative privée. Il constitue un élément essentiel en tant que charnière Ville-Port : une façade pignon urbaine (vue ci-contre) sur la Ville, une long pan industriel sur le Port.

 

La Manufacture des Tabacs

Construit sur un terrain d’abord propriété de la Compagnie PLM (1862 à 1868), cet « équipement* » été « réhabilité* » pour l’accueil des archives municipales. Son architecture est de qualité. Cependant sa position cachée derrière les voies ferrée en obère la visibilité, donc l’insertion urbaine, et en rend l’accès fort malaisé. Leur réhabilitation fut d’initiative publique.

 

Une troisième, excentrée, ne peut être classée comme proprement urbaine.Toutefois, dans son quartier elle participe notamment à la ponctuation de la perspective du Bld Bernabo, voie qui se poursuit jusqu’à la grande voie littorale :

Les abattoirs

lls sont ici désignés en raison de leur qualité architecturale et pour les réhabilitations dont ils ont été l’objet (inaugurés en 1894, ils furent fermés en 1989). Excentrés, ils ne peuvent être réellement être classés comme urbains, mais « de quartier » où ils ont généré notamment la perspective du Bld Bernabo. Leur remise en valeur (École de la Deuxième Chance, accompagnée de réaménagements extérieurs) est d’initiative publique.

 

Au delà de ce trois « opérations* » urbaines, phares, deux autres bâtiments de caractère industriel conservés et réaffectés, mais peu ostentatoires dans le « paysage urbain* » doivent être cités : 

Il s’agit d’abord de la Criée aux Poissons (construite en 1909, classée monument historique) qui fait partie du « paysage* » du Vieux Port de telle façon qu’il semble que l’on n’aurait quasiment jamais remarqué sa façade. Bâtiment « intégré* » dans le « décor* » urbain du port, sa fonction initiale a été déplacée à Saumaty (1976). Par une initiative publique, sa transformation en théâtre l’a très vite fait échapper à une qualification de « friche » . Nous regrettons de n’avoir pas trouvé de représentation ancienne de cette criée ; mais ceci ne serait-il pas la marque d’une fusion ancienne dans la culture locale ?

Citons aussi d’autres bâtiments « intégrés* » peu perceptibles en raison de leur implantation intra-urbaine, en continu : les Établissements Noilly-Prat, vastes constructions implantées de part et d’autre de la Rue Paradis. Désaffectés ils ont disparu rive 0uest pour faire place à une rénovation (démolition-reconstruction). Sur la rive Est, les immeubles d’une façade de grande qualité ont été conservés, sans nécessité de « réhabilitation* ». Ils ont simplement changé d’affectation lors d’une « opération* » d’initiative privée. Derrière cette façade qui semble d’habitation, demeurent de vastes locaux industriels, aujourd’hui réaffectés à des activités de commerce et de service.

 

Deux autres friches industrielles réhabilitées mais dont la première transformée  (vues anciennes non trouvées) existent dans                                         l’ « agglomération* », mais d’implantation hors ville proprement dite, quid de leur insertion ? 

Le « Silo » 

Ces silos (1927) labellisés en 2004 « Patrimoine industriel du XX° Siècle », sont noyés dans un univers portuaire pour le moins divers, hors la ville proprement dite et d’accès peu évident. Ils ont été néanmoins transformés en salle de spectacle « polyvalente* » (2011) à l’initiative la Ville le Marseille. Sur le plan architectural, les volumes étant d’un élan vertical, on peut se poser la question de l’horizontalité de leurs percements…

 

La Station Alexandre

Insularisée dans l’espace industriel Nord              (fin XIX°) en déshérence mais voué à un nouvel usage (classé « ZFU* » 1997), peu repérable cette réhabilitation d’une œuvre d’Eiffel est due à une initiative privée. C’est un lieu d’attraction diversifié pour bobos en goguette dans le Far North marseillais. Les grecs pourraient le dire dans la Cité (si communauté il y avait, mais laquelle ?), mais on ne peut certes pas la dire « en ville ».

 

Une troisième, à distance isolée, reconvertie  (vue ancienne également non trouvée), est apparemment demeurée en état (extérieur) initial :

Les Rizeries Franco Chinoises

Implantées (1888) dans un espace Nord nettement disjoint de « l’agglomération* » marseillaise, jadis « dans la campagne », mais nettement perceptible depuis l’autoroute Nord (dite « du Soleil », à droite, direction Aix… ), ce bâtiment d’entreposage dispose d’une architecture de grande qualité. Il est maintenant occupé par la Société Avenir Télécom (2000), après une « opération* » menée par « Marseille Aménagement ».

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